Introduction : les nouvelles variables des flux de capitaux
Au cours de la dernière décennie, les flux d'investissements directs étrangers (IDE) dans le monde ont connu de profonds changements. Traditionnellement, les capitaux recherchent une main-d'œuvre à bas coût et des dotations en ressources, mais désormais, la qualité institutionnelle, l'écosystème de financement et la capacité d'agglomération régionale sont devenus des facteurs de compétitivité plus durables. Dans ce contexte, la finance de développement — en particulier les institutions financières de développement nationales (IFD) — passe d'un outil marginal à un catalyseur central des clusters économiques régionaux.
La pratique de l'Arabie saoudite offre un cas d'étude extrêmement précieux pour cette transition. Le pays, par l'intermédiaire du Fonds de développement national (NDF), coordonne 12 fonds et banques spécialisés et, à la manière d'une « quasi-politique industrielle », injecte des capitaux de manière ciblée dans les domaines présentant des avantages comparatifs. De l'industrie du café dans la province de Jazan, au sud-ouest, au projet d'hydrogène vert de NEOM, la finance de développement est en train de remodeler la géographie industrielle intérieure du pays et de redéfinir sa position dans les chaînes d'approvisionnement mondiales.
La logique de l'économie d'agglomération et le déficit de financement
Alfred Marshall a été le premier à proposer le concept d'« économie d'agglomération » : lorsque des activités économiques identiques ou connexes se concentrent dans un espace géographique donné, l'efficacité de la production s'améliore grâce aux retombées de connaissances, au partage de la main-d'œuvre et aux réseaux d'intrants intermédiaires. Cette théorie constitue encore aujourd'hui la pierre angulaire de la recherche sur la compétitivité régionale.
Cependant, la formation d'agglomérations ne se produit pas automatiquement. Les clusters industriels émergents, en particulier, sont souvent confrontés à des contraintes de financement : les projets à un stade précoce présentent des risques élevés, peu d'actifs à donner en garantie et des trajectoires technologiques incertaines, ce qui dissuade les banques commerciales traditionnelles. C'est alors que les institutions financières de développement deviennent des acteurs clés pour combler les « défaillances du marché ». Elles fournissent non seulement des capitaux patients et des financements concessionnels, mais attirent également, par un effet de signal, les capitaux privés, créant ainsi un effet de « levier public ».
L'initiative « Transformation des clusters industriels » du Forum économique mondial indique que 40 clusters dans le monde représentent environ 508 milliards de dollars de PIB et ont créé ou maintenu 4,6 millions d'emplois. Derrière ces chiffres, on retrouve invariablement l'ombre d'une synergie entre la finance publique et le capital privé.
L'architecture institutionnelle de l'Arabie saoudite : coordination plutôt que fragmentation
La particularité du Fonds de développement national saoudien réside dans sa capacité de coordination systémique. Les 12 fonds et banques sous l'égide du NDF ont chacun leur rôle : le fonds de développement et de planification agricoles, le fonds de développement industriel, la banque des PME, la banque d'export-import… Ils couvrent toute la chaîne de financement, de la création d'entreprise à la mondialisation. Cette architecture matricielle évite l'écueil du soutien gouvernemental traditionnel, où les institutions travaillent chacune de leur côté, et permet de mobiliser rapidement des ressources multidimensionnelles autour d'un cluster régional.Prenons l'exemple du secteur du café à Jazan. En 2024, le Fonds de développement agricole a approuvé un financement de 49,1 millions de riyals (environ 13,09 millions de dollars) pour la production, la transformation et la commercialisation des grains de café, soit une augmentation de 54 % d'une année sur l'autre. Cette croissance n'est pas le fruit du hasard ; elle résulte d'un investissement délibéré accru après l'identification au niveau national des avantages comparatifs régionaux. La province de Jazan, située dans le sud-ouest du pays, possède un microclimat propice à la culture du café de haute qualité ainsi qu'une base agricole traditionnelle. Depuis l'intervention du financement, la région compte déjà plus de 2 500 fermes de café, 400 000 caféiers, une production annuelle de plus de 800 tonnes de grains de café, et prévoit d'étendre le nombre d'arbres à 1,2 million d'ici 2026.
Des ressources naturelles à l'exportation mondialisée : le parcours de croissance des clusters
Ce cas illustre de manière frappante comment le financement du développement transforme des « ressources dormantes » en « actifs dynamiques ». Premièrement, le financement abaisse les barrières à l'entrée dans la chaîne industrielle pour les agriculteurs et les PME ; deuxièmement, grâce à un soutien ciblé aux maillons de la transformation et de la commercialisation, la valeur locale est conservée au sein de la région ; troisièmement, l'amélioration de la qualité des produits permet au café saoudien d'accéder au marché mondial du café de spécialité, renforçant ainsi sa capacité d'exportation.
Plus profondément, la formation du cluster stimule l'émergence de services connexes — technologies d'irrigation, technologies agricoles, emballage et logistique, tests et certification — qui commencent à se concentrer autour de Jazan. C'est une illustration concrète de l'économie d'agglomération marshallienne. Le financement public joue ici le rôle d'« étincelle initiale », tandis que les véritables économies d'échelle sont réalisées par les forces du marché et l'effet composé du temps.
Au-delà de l'agriculture : le déploiement transversal du financement du développement
L'expérience saoudienne ne se limite pas à l'agriculture. Dans la nouvelle ville de NEOM, le Fonds national de développement, en collaboration avec des banques locales et internationales, a cofinancé une usine d'hydrogène vert à hauteur de 10,3 milliards de riyals (environ 2,7 milliards de dollars). Il ne s'agit pas seulement d'un financement de projet géant, mais aussi d'un point d'appui stratégique pour l'Arabie saoudite afin de promouvoir sa transition énergétique et d'établir un hub d'exportation d'hydrogène vert. À l'instar du cluster du café, l'hydrogène vert dépend également des dotations régionales (soleil, terre, ports), et le financement politique permet de réduire les risques initiaux et d'attirer la participation d'entreprises multinationales.
En outre, le Fonds national de développement saoudien couvre également le tourisme dans la province d'Aseer, l'industrie de l'huile d'olive dans la province d'AlJawf, ainsi que les secteurs technologiques émergents dans diverses régions. Cette stratégie de « une province, un cluster » fait évoluer progressivement la structure économique initialement monolithique centrée sur le pétrole vers un écosystème diversifié, conformément aux objectifs de la Vision 2030 visant à renforcer le développement régional équilibré et à améliorer la qualité de vie des citoyens.
Implications pour la configuration mondiale des investissements
Le cas saoudien offre des enseignements significatifs pour le Sud global et les autres pays à revenu intermédiaire. Tout d'abord, la « capacité de coordination » du financement du développement est plus importante que l'« échelle des fonds ». De nombreux pays en développement disposent de banques multilatérales de développement ou de banques nationales de développement, mais souvent, en raison de la fragmentation sectorielle, ils peinent à conjuguer leurs efforts. Le modèle matriciel du NDF fournit un modèle de gouvernance.Ensuite, le financement du développement doit agir de manière contracyclique. En période de ralentissement économique ou de contraction des capitaux privés, le financement public doit davantage intervenir pour stabiliser les attentes d'investissement. L'Arabie saoudite, qui continue de promouvoir des projets à long terme comme l'hydrogène vert malgré la volatilité des revenus pétroliers, illustre bien cette détermination stratégique.
Pour les entreprises multinationales, comprendre l'écosystème de financement du développement du pays hôte permet d'identifier plus précisément les points d'entrée pour l'investissement. Les clusters industriels soutenus par les gouvernements disposent souvent d'infrastructures plus complètes, de coûts de conformité plus faibles, ainsi que d'incitations fiscales et de financement potentielles. L'expansion de la chaîne de valeur du café à Jazan a déjà créé une fenêtre d'entrée en Arabie saoudite pour les entreprises de technologies agricoles et de transformation alimentaire connexes.
Conclusion : la concurrence entre clusters sera le thème de la prochaine décennie
La restructuration des chaînes industrielles mondiales ne se limite plus aux frontières nationales ; elle se concentre de plus en plus au niveau des clusters micro-régionaux. En tant qu'instrument institutionnel, le financement du développement peut efficacement réduire les barrières à l'agglomération et accélérer la reconfiguration spatiale des facteurs de production. L'expérience saoudienne montre que le cœur du problème ne réside pas dans la « domination de l'État », mais dans la capacité de l'État à « créer les conditions pour le marché ».
À l'avenir, les pays et régions capables d'intégrer financement du développement, avantages de localisation et écosystèmes d'innovation auront plus de chances de l'emporter dans la concurrence mondiale intense pour les capitaux. Pour les instituts de recherche, les décideurs politiques et les investisseurs, observer la naissance de ces nouveaux clusters économiques régionaux est peut-être la clé pour saisir le pouls de la prochaine vague de mondialisation.