Virage des flux de capitaux : la Corée du Sud monte, la Chine et l'Inde ralentissent
La carte de l'expansion asiatique des sociétés financières mondiales connaît une refonte significative. Selon une enquête sectorielle menée conjointement par l'Association des marchés financiers et des titres en Asie (ASIFMA) et KPMG, la Corée du Sud est devenue la destination d'expansion la plus prisée des institutions financières internationales, tandis que la Chine et l'Inde font face à une attitude plus prudente en matière d'allocation de capitaux. Ce changement reflète des évolutions profondes dans la géopolitique, l'environnement réglementaire et le paysage concurrentiel régional.
L'enquête couvre 34 sociétés financières mondiales, dont environ les deux tiers ont indiqué qu'elles prévoyaient d'étendre leurs activités en Asie-Pacifique au cours des trois prochaines années. Parmi elles, la Corée du Sud comme destination d'expansion a vu son taux de mention passer de 21 % il y a un an à environ 50 %, une augmentation significative. Peter Stein, PDG d'ASIFMA, a souligné que la Corée du Sud a historiquement été sous-estimée, mais que le sentiment du marché est désormais extrêmement optimiste, non seulement pour le marché boursier : « L'activité sur le marché obligataire devrait également augmenter, grâce à la feuille de route du gouvernement pour l'inclusion dans le WGBI (Indice mondial des obligations d'État). »
En comparaison, la Chine et l'Inde, les deux plus grands marchés asiatiques, sont confrontés à un environnement de capitaux plus complexe. L'enquête montre que l'intérêt pour l'expansion en Chine se stabilise à environ 40 %, en dessous des pics précédents. Les personnes interrogées s'inquiètent du contrôle des capitaux, des règles relatives aux données et des risques géopolitiques. ASIFMA affirme que l'attrait de la Chine continentale en tant que destination pour la « réinternalisation » des activités continue de diminuer, et que l'incertitude des entreprises quant à leur exposition à long terme à la Chine augmente.
Bien que le classement de l'environnement des affaires de l'Inde soit passé de la huitième à la cinquième place, les conditions réglementaires se sont au contraire durcies. Les entreprises continuent de rencontrer des difficultés avec les normes de connaissance du client (KYC), les restrictions sur les contrats à terme non livrables (NDF), entre autres. ASIFMA indique que, malgré la volonté des autorités de simplifier les procédures, les frictions opérationnelles persistent. L'intérêt pour l'expansion en Inde a diminué par rapport à son pic initial, reflétant une évaluation prudente de la complexité réglementaire locale.
Concurrence régionale accrue : Singapour et Hong Kong tiennent bon
Le paysage concurrentiel au sein de l'Asie-Pacifique s'intensifie. Il y a cinq ans, la Chine était la principale destination des capitaux étrangers ; aujourd'hui, davantage de pays asiatiques se disputent une part des flux de capitaux mondiaux de premier plan. Singapour, grâce à son positionnement géopolitique multipolaire – ne dépendant ni de la Chine, ni des États-Unis, ni d'aucun groupe unique de l'ASEAN – continue d'attirer. Les marchés de Hong Kong, du Japon, de Taïwan, etc., attirent également l'intérêt d'environ la moitié des entreprises interrogées pour une expansion.
Cette tendance s'entremêle avec la restructuration des chaînes d'approvisionnement mondiales et la vague d'investissements ESG. Les avantages industriels de la Corée du Sud dans les semi-conducteurs, les nouvelles énergies, etc., combinés à ses mesures d'ouverture des marchés de capitaux, en font un pivot important pour les institutions financières multinationales dans leur déploiement en Asie-Pacifique. Quant à la Chine et à l'Inde, bien que leurs marchés soient vastes, les investisseurs étrangers doivent peser leur potentiel de croissance par rapport à un environnement opérationnel de plus en plus complexe.
Perspectives : la diversification prudente devient le thème principalDans l'ensemble, la stratégie des sociétés financières mondiales en Asie-Pacifique passe d'une « expansion large » à une « consolidation des marchés existants et diversification des gammes de produits ». Les enquêtes montrent que les entreprises ne poursuivent plus aveuglément les récits de croissance de chaque marché, mais accordent davantage d'importance à un environnement politique prévisible et à l'efficacité opérationnelle. La clarté politique, le processus d'internationalisation des marchés de capitaux et la position géographique relativement stable de la Corée du Sud sont devenus des facteurs clés pour attirer les capitaux.
Pour la Chine, les sentiments d'attentisme des investisseurs étrangers pourraient persister jusqu'à ce que les règles relatives aux flux de capitaux et à la sécurité des données deviennent plus claires. L'Inde, quant à elle, doit réaliser des progrès substantiels dans la simplification des procédures réglementaires pour raviver l'enthousiasme des institutions financières internationales à s'y développer.
Ce recentrage des capitaux ne reflète pas seulement des fluctuations émotionnelles à court terme, mais marque également une nouvelle phase dans la concurrence des centres financiers asiatiques : le passage d'une logique de taille à une compétition axée sur la qualité institutionnelle et la facilité d'accès au marché. Pour les décideurs politiques, la manière de trouver un équilibre entre l'attraction des capitaux étrangers et la préservation de la sécurité financière déterminera leur position à long terme dans la carte mondiale des capitaux.